Le récit d’une mère folle

Assise sur mon lit, je fixais le sol, les yeux dans l’eau. Ma mère s’occupait de ma fille pendant que je tentais de reprendre mes esprits. L’anxiété ne devait pas me paralyser, m’empêcher d’y aller. Il était temps, ça ne pouvait plus attendre. La travailleuse sociale du CLSC me l’avait dit clairement. Ma fille devait avoir un diagnostic rapidement. C’était ma clé pour débarrer cette porte qui restait fermée, celle des services publics pour les enfants autistes. Elle avait déjà trois ans. Il était grand temps. La stimulation avant six ans était cruciale, indispensable.

Je ne voulais plus y aller. Je n’étais plus prête. Nous avions rendez-vous dans une clinique privé, quelque part sur l’Île de Montréal, ce samedi. Le 6 juillet 2013 à 9h.

Ma mère viendrait avec moi. Mon conjoint devait travailler. Même si c’était son anniversaire, même si cet enfant était la nôtre. Il n’avait pas les moyens de perdre une journée de travail. Ses employeurs l’avaient accommodé souvent pour les rendez-vous de suivis, ce serait abusif de demander un jour de plus. L’attente, les rendez-vous, tout cela durait depuis plus de deux ans dans le système de santé publique. Nous n’avions pas les moyens qu’il perde son emploi.

Ce rendez-vous, je n’en avais même pas les moyens financiers. Cette enveloppe que j’allais tendre à ce psychologue, ce spécialiste en autisme, c’était l’argent de mon père. Une somme considérable que seul lui pouvait m’avancer. La carte de crédit de mon conjoint était remplie à pleine capacité. Depuis que j’avais cessé de travailler, c’était difficile d’arriver, de joindre les deux bouts à chaque fin de mois. Par contre, je n’avais pas le moyen de me passer d’un diagnostic pour ma fille.

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